Regards sur le projet





Des Philippines à Saint-Denis


Le reportage du Service Audiovisuel de la Ville de Saint-Denis (3'40)









Enchanteresses femmes du lac Sebu


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La grande salle du TGP était comble, le 25 juin, pour accueillir et écouter les femmes artistes venues du lac Sebu, aux Philippines.

Après une rapide présentation émue de Boris Lelong qui, avec son association Altamira, est à l’origine du projet, des chants d’oiseaux, des bruits d’eau s’élèvent, comme un monde qui s’éveille. De curieux instruments gisent au sol. Elles arrivent, majestueuses, s’assoient et une mélopée a cappella s’élève, seule et lancinante, à la fois claire et chargée d’histoire.

Puis chacune se saisit tour à tour d’instruments (flûtes, luth, gongs...) et c’est comme si parvenaient à nous les racines de la terre, la pluie, la forêt, les animaux qui la peuplent. La complainte de la cigale précède le chant du grillon, on écoute les sons des travaux des champs, les instruments et les mélodies se succèdent, les chants, les danses, les mimes font tomber le public sous le charme.

Et quand celui-ci tape des mains pour suivre le rythme, la joueuse de hegelung (voisin du luth) sourit, amusée, un peu émue aussi. Après la danse traditionnelle des chapeaux, en final, une longue standing ovation salue ce concert en forme de beau voyage.


Benoît Lagarrigue
Photo : Miguy Saminadin
Le Journal de Saint-Denis (N° 838, Juin 2010)
 


Le peuple Tboli dans les rues de Saint-Denis


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Depuis le 12 juin et jusqu’au 25, sept femmes et un homme de l’archipel des Philippines, venus des forêts de l’île de Mindano, séjournent en ville à l’invitation de l’association Altamira. Ces musiciens termineront leur séjour par un concert au TGP.
 
 
Avant même de les voir, on entend bruisser leurs parures sur leurs habits de couleurs, qu’elles ont elles-mêmes confectionnés. Puis elle apparaissent, timides et simples, et c’est un peu de la beauté du monde qui nous rejoint. Ces sept femmes (et un homme) viennent de loin. Dans l’île de Mindanao, au sud de l’archipel des Philippines, vit le peuple Tboli, au milieu des forêts qui entourent le lac Sebu. Ces femmes sont épouses, mères, artisanes et musiciennes.

Elles font partie du collectif Lemhadong (nom du lieu où vivait le héros Tudbulul, fondateur de la culture et de la musique des Tboli), qui a pour objectif de perpétuer les pratiques artistiques et culturelles de ce peuple dont les traditions sont menacées. Lehmadong reçoit depuis plusieurs années le soutien de l’association Altamira et de Boris Lelong, et a enregistré avec elles un cd, Femmes artistes du lac Sebu, qui a reçu le coup de cœur de l’académie Charles-Cros en 2008.
 
"Elles ont un effet magique, fascinant..."
 
Depuis le samedi 12 juin et jusqu’au vendredi 25, date de leur concert au TGP, elles sont à Saint-Denis. «C’est une belle aventure, pour elles, pour nous, et pour tous les gens qu’elles rencontrent » lance avec un immense sourire Boris Lelong. « Elles ont un effet magique, fascinant… » ajoute-t-il.  A ses côtés, Philippe Vallin ressent la même joie, teintée de la fatigue heureuse des organisateurs de ce séjour à nul autre pareil. « Il fallait voir cette rencontre à l’antenne jeunesse Péri-Langevin, avec les femmes kabyles du quartier. C’était un beau moment de partage, autour d’un couscous, avec des jeunes, des retraités…  »
 
A Croizat, elles ont été accueillies avec chaleur
 
Logées à la résidence Croizat, elles y ont été accueillies avec chaleur par les résidents, qui n’ont pas hésité à les aider à tresser des cordes pour confectionner certains instruments intransportables. « Elles ont été étonnées et heureuses de trouver aux serres municipales l’équivalent des roseaux qu’elles utilisent chez elles pour fabriquer leurs flûtes. Et c’est au centre technique municipal qu’elles ont trouvé le bois dont elles avaient besoin » indique Boris Lelong. Car ce séjour est avant tout fait de rencontres : au marché, avec des musiciens, chanteurs et danseurs dionysiens à la salle Ligne 13 mardi 16 juin, à la fête des résidence de Dionysia vendredi 18, à Croizat hier… En attendant le concert du 25, à 20 h 30 au TGP, où elles lanceront leurs mélopées lancinantes, auxquelles se mêlent sons de tous les jours, cris d’animaux, bruits de la forêt, de l’eau qui coule…
 
Benoît Lagarrigue
Photo : Yann Mambert
Le Journal de Saint-Denis (N° 837, Juin 2010)
 



Rencontre avec des musiciens venus de loin


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"Avec la musique, nous essayons de maintenir nos traditions"

 


Le JSD. Où et dans quelles conditions vivez-vous ?

Myrna (la seule à parler anglais). Notre peuple, les Tboli, compte environ 80 000 habitants disséminés dans de nombreux villages. Nous vivons dans la montagne, dans une région de trois lacs au milieu de la forêt, au village de Dekolon, près du lac Sebu. Nous cultivons le sol pour nous nourrir. Mais aujourd’hui, notre territoire a été volé et en partie déboisé. Alors, nous vivons de petits travaux d’artisanat, de broderie.

Le JSD. La place des femmes semble importante chez vous…

Myrna. La destruction de nos forêts a fait que les hommes n’ont plus de travail. Les femmes ont donc, à travers leurs activités artisanales, un rôle très important pour que notre société perdure. Nous faisons aussi en sorte que nos enfants puissent aller à l’école.

Le JSD. La musique tient une place très importante dans votre vie…

Myrna. C’est par elle que nous essayons de maintenir nos traditions. Nos voix et nos instruments nous permettent d’exister et de nous faire entendre de notre gouvernement. Et nous voulons remercier Boris pour nous avoir permis d’enregistrer un disque et de nous faire connaître dans le monde. Quant à nos instruments, ils sont sacrés. Les esprits de la forêt en sont les gardiens. Notre musique n’est pas écrite, elle est jouée par transmission de la mémoire et des rêves.

Le JSD. Qui sont ces esprits ? Des morts ? Des dieux ?

Myrna. Ce sont nos dieux. Par exemple, le hegelong, une sorte de luth, a pour esprit gardien Fun Koyu, qui est l’esprit du bois. Un autre aura Fun Afos, celui du bambou. Tous nos esprits sont reliés à la nature. Et la musique est pour nous une façon de communiquer avec la nature. Sans musique, les esprits s’en iraient…

Le JSD. Que retiendrez-vous de votre séjour à Saint-Denis ?

Myrna. Nous sommes très heureuses. Chez nous, tout le monde est jaloux ! (rires). C’est un grand moment de ma vie. Ici, tout me surprend : les gens, la nourriture. J’ai découvert le fromage ! Pour nous, Tboli, c’est une grande fierté d’être là et une belle occasion pour que notre peuple soit mieux considéré.

(elle se tourne vers ses amies et traduit leurs réponses)

Mina. C’est la première fois que je pars si loin de chez moi. Je suis époustouflée par ce que je vois. Les gens sont si chaleureux.

Melun (le seul homme, percussionniste). Je suis très heureux. C’est totalement neuf pour moi. Tout le monde est accueillant.

Mingga (la chanteuse du groupe). Avant de partir, j’étais malade, mais je suis si heureuse d'être là…

Luming. Le plus étonnant, c’est la nourriture. Et tous ces légumes que nous avons vu sur le marché ! Les gens viennent nous voir sans qu’ils nous connaissent…

Tunding (la doyenne : elle dit avoir 77 ans, mais son passeport indique 87. Faute d’Etat-civil, on ne sait pas vraiment… Les Tboli calculent leur âge d’après les événements survenus). Tout ce que j’ai vu ici m’étonne, tout est une surprise…

Fe. Je suis impressionnée par la taille des bâtiments. Et les gens semblent très impressionnés. Tout le monde a l’air de travailler. Et ils savent faire la fête…

Neyet. C’est une grande expérience. Je n’ai jamais rien vu de tel. J’ai l’impression d'être dans un rêve. J’aurais beaucoup de choses à raconter au village.


A la fin de l’entretien, on leur demande si elles pourraient vivre ici. Myrna traduit la question. Un temps. Elles rient. « On ne peut pas répondre à cette question. » Elles rient à nouveau, avec une jolie fraicheur.
Bong salamat (merci beaucoup), mesdames.
 


Propos reccueillis par Benoît Lagarrigue
Photos : Yann Mambert
Le Journal de Saint-Denis (N° 837, Juin 2010)




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